D’une tenue irréprochable, le Concerto pour orchestre par Gustavo Gimeno et le Philharmonique du Luxembourg se heurte surtout à l’autorité du compositeur au pupitre de l’Orchestre symphonique de la Radio polonaise (Warner, 1976), au grain plus noir et incisif, aux rythmes moins abstraits, plus proches du « folklore imaginaire » convoqué – sans parler du créateur, Witold Rowicki (Philips, 1964), d’une richesse supérieure en la matière. Pour autant, si les effets de masse manquent d’impact, les passages ténus distillent un raffinement assez inouï dans le Capriccio, aux textures arachnéennes plus impalpables encore que chez Dohnanyi (Decca, 1989) ou Tortelier (Chandos, 1993, Diapason d’or).
Pour des raisons analogues et du fait de la nature même du concerto pour violoncelle du compositeur polonais, Jean-Guihen Queyras et le chef ne renouvellent pas ici le miracle de leur gravure de Tout un monde lointain de Dutilleux (HM, 2023, Diapason d’or, cf. no 733). La férocité déchaînée du tandem Rostropovich/Lutoslawski (Warner, 1974) reste prioritaire, là où les nouveaux venus font preuve d’une pondération excessive, en dépit, à nouveau, d’une remarquable exploration des zones d’ombre, inscrite dans une temporalité presque extrême-orientale. Une belle interprétation d’approfondissement de cet ouvrage fondamental du XXe siècle, où l’intériorité du jeu de Queyras, à découvert pendant toute l’Introduction, fascine par sa maturité.
Dans Schelomo de Bloch, enfin, le violoncelliste refuse les projecteurs en se faisant timbre liquide parmi les couleurs de l’orchestre, dans un grand flux souple de symphonie avec violoncelle obligé, toujours pudique mais manquant à la longue des contrastes et de la ferveur qui faisaient le sel, entre autres, de la version de Leonard Rose et Eugene Ormandy (Sony, 1961).