Chez Harmonia Mundi, Jean-Guihen Queyras excelle dans l’interprétation du Shelomo d’Ernest Bloch, et dans les concertos pour violoncelle de Lutoslawski ; un jeu sublime porté par la direction énergique de Gustavo Gimeno à la tête du Philharmonique du Luxembourg.
C’est un programme passionnant qui nous est proposé ici avec deux œuvres maîtresses de Witold Lutosławski entourant le célèbre Schelomo pour violoncelle et orchestre du compositeur genevois Ernest Bloch. Dirigé par Gustavo Gimeno, le Luxembourg Philharmonic excelle dans ce disque de haute tenue avec la complicité du violoncelliste Jean-Guihen Queyras véritablement touché par la grâce. Composé entre 1950 et 1954, le Concerto pour orchestre vient clore la période folkloriste de Lutosławski qui trouvera peu après un langage plus radical marqué par le dodécaphonisme ambiant. Écrite en trois mouvements selon la coupe classique, l’oeuvre est dédiée au chef d’orchestre polonais Witold Rowicki qui en avait passé la commande pour son Orchestre Philharmonique de Varsovie. Comme le Concerto pour orchestre de Bartok écrit quelques années avant, l’oeuvre éponyme du compositeur polonais s’abreuve auprès d’une source populaire dans une stylisation très réussie du folklore polonais. Le Concerto pour violoncelle de 1967 est d’une toute autre nature. Composé pour Mstislav Rostropovitch, il est contemporain de celui du compositeur français Henri Dutilleux. Les deux hommes s’estimaient et avaient assisté ensemble à l’enregistrement de leurs œuvres respectives à Paris avec le violoncelliste russe et l’Orchestre de Paris dirigé par Serge Baudo. Jean-Guihen Queyras donne une version à la fois virtuose et très habitée de l’oeuvre de Lutosławski conçue comme une sorte de lutte entre le soliste et l’orchestre dans une langue aussi originale qu’audacieuse. Composée rapidement en 1916, la rhapsodie hébraïque reste l’oeuvre la plus célèbre d’Ernest Bloch. Ignorant l’hébreu, le compositeur avait de la peine à traduire la force du texte de l’Ecclésiaste qu’il ne connaissait qu’en français et en allemand. C’est la révélation du jeu d’un violoncelliste qui lui inspira finalement cette oeuvre splendide dans laquelle le violoncelle représente la voix du Roi Salomon (Schelomo). L’Orient antique est représenté par les mélismes du violoncelle et par le riche traitement orchestral. C’est la douleur du peuple juif et de son propre rejet comme compositeur que Bloch a voulu exprimer dans cette oeuvre