Yannick Nézet-Séguin retrouve ces jours-ci son Orchestre Métropolitain pour la première fois depuis leur Oratorio de Noël de Bach de décembre. La Presse a assisté à la première, au cégep Marie-Victorin, de ce programme comportant une des curiosités symphoniques de l’année.
Un auditorium de cégep (dans ce cas-ci la salle Désilets) est rarement idéal pour un concert de musique classique. L’expérience d’entendre un orchestre de près de 100 musiciens dans une petite salle (700 places, combles) n’est cependant pas sans intérêt, puisqu’elle permet, surtout au balcon, d’entendre de plein fouet la formation, sans le halo sonore de la Maison symphonique. Cela implique évidemment pour les musiciens de jouer plus « long » pour pallier la sécheresse du lieu, ce qu’ils font admirablement dès l’Ouverture tragique de Brahms, qui inaugurait la soirée.
On ne doute point que Brahms soit le compositeur favori de Nézet-Séguin, comme il l’a avoué avant de monter au podium. Le chef résout la quadrature du cercle en alliant lyrisme et vigueur, le tout avec une sonorité toujours nourrie.
Suivait le Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104, de Dvořák, avec un des amis de l’orchestre, Jean-Guihen Queyras. Ce qu’il y a de remarquable avec cet artiste, c’est qu’il joue depuis des décennies (dont trois fois en cinq jours à Montréal) un concerto ultra-joué sans aucune trace de routine, avec un tel sens de la réinvention qu’on peut être assuré que les spectateurs de mardi et de mercredi entendront chacun une version unique de la partition.
Cela dit, le parti pris minimaliste du violoncelliste en matière de vibrato interroge par moments, avec ces sons blancs à la limite du déplaisant dans le deuxième thème du premier mouvement ou au début du finale, un procédé absent de son enregistrement d’il y a 20 ans avec Jiří Bělohlávek.
Nézet-Séguin, qui nous a gratifiés d’une introduction de premier mouvement aussi intense que tout en souplesse rythmique, était soufflé à la fin du concerto, s’agenouillant littéralement devant son soliste, puis les vents de son orchestre.
C’est après la pause que venait la découverte au menu. Le genre de Rita Strohl (1865-1941) ne l’a nullement empêchée de connaître le succès à Paris au début du XXe siècle, notamment pour ses œuvres vocales. Fauré et Saint-Saëns figuraient parmi ceux qui l’estimaient. Retirée en Provence les dernières années de sa vie, la compositrice a cependant peu à peu disparu des mémoires.
Sa Symphonie de la forêt, écrite en 1901, a été redécouverte tout récemment dans une boîte poussiéreuse, puis recréée, en 2024, par l’Orchestre national d’Île-de-France et le chef Case Scaglione.
Il ne s’agit pas d’une symphonie traditionnelle, mais d’une symphonie à programme, un peu comme La mer de Debussy, qui lui est légèrement postérieure. Les titres des quatre mouvements sont à eux seuls évocateurs : « L’étang », « L’âme en peine », « Marche funèbre d’un scarabée » (!) et « Chasse à l’aurore – Aurore et lever de soleil ».
L’influence de Wagner est patente avec son chromatisme exacerbé, mais aussi, sur un mode plus mineur, celle de l’impressionnisme. Nous ne sommes guère loin de Chausson et de Zemlinsky (sa Sirène vient rapidement à l’esprit).
L’orchestration minutieuse est la principale qualité de cette partition défrichée avec moult passion par Nézet-Séguin, partition qui pâtit sinon d’un manque de tension dramatique et de mélodies tournant souvent en rond, malgré quelques climax intéressants. Bref, une œuvre qui méritait certainement d’être sortie des boules à mites, mais qu’on verrait davantage exécutée en mouvements séparés plutôt qu’en un bloc – un peu longuet – de 45 minutes.
Il reste quelques billets pour aller découvrir la Symphonie mardi à la Maison symphonique, ou mercredi à l’église Saint-Sixte, dans ce dernier cas sous la direction de la cheffe assistante Léa Moisan-Perrier.