Le festival Pablo Casals de Prades aura lieu du 28 juillet au 8 août 2026. Cette édition célèbre les 150 ans de la naissance du violoncelliste. Et pour ouvrir le bal, c’est le musicien Jean-Guihen Queyras, violoncelliste aussi, qui sera aux commandes de la première soirée à l’Abbaye Saint-Michel de Cuxa. Un moment particulier pour l’artiste.
Vous allez ouvrir cette édition du festival Pablo Casals placée sous le signe de la célébration des 150 ans de la naissance de Pablo Casals. Que ressentez-vous ?
C’est vraiment une très grande émotion et un grand honneur parce que Pablo Casals, pour nous tous violoncellistes, c’est cette figure absolument unique et exceptionnelle. C’est le premier qui a fait du violoncelle un instrument d’humanité qui va bien au-delà de la musique finalement et qui est un messager de paix. Même dans son jeu, c’était justement quelqu’un qui avait la capacité, dans sa manière de jouer, de transmettre quelque chose de profondément humain et émouvant. C’est un violoncelliste qui m’a toujours immensément inspiré. Donc ouvrir le festival avec en plus le concerto de Schumann, un des concertos emblématiques de Pablo Casals, c’est un honneur.
À quel point vous a-t-il inspiré ?
Je peux même vous raconter une petite anecdote pour vous dire à quel point, pour moi, Casals, c’est bien plus qu’un grand violoncelliste. Une fois, j’étais en interview pour un journal allemand qui me faisait faire une écoute à l’aveugle de pleins d’enregistrements. Et puis, à un moment, elle met celui du mouvement lent de la cinquième sonate de Beethoven, avec Pablo Casals et Rudolf Serkin au piano. C’est une musique qui est émouvante. Mais là, jouée par Casals, après la première phrase, j’étais en larmes. J’étais absolument désarmé par cette espèce d’humanité, de sincérité, de vérité, vraiment. C’était bouleversant.
Qu’est-ce qui vous fait vibrer quand vous êtes sur scène ?
C’est de me rappeler justement pourquoi j’ai commencé, pourquoi j’ai voulu faire de la musique, et pourquoi j’en ai eu besoin dès mon enfance. C’était clair que c’était grâce à la musique que je pouvais vraiment communiquer avec le monde ce qu’il y avait vraiment au plus profond de moi. Donc j’ai eu cette chance, j’ai eu ce don. Et à chaque fois que je vais sur scène, j’essaie de me souvenir que c’est un privilège et une chance de pouvoir partager des choses vraiment profondes.
À quel moment avez-vous su que le violoncelle occuperait une place si importante dans votre vie ?
J’ai commencé à jouer à 9 ans. Mais dès l’âge de 10 ans, c’était clair que c’était vraiment la chose principale dans ma vie. C’est comme ça qu’on a pris la décision avec mes parents que je ferais les cours par correspondance. J’ai quitté l’école pour avoir plus de temps à la maison, pour pouvoir me consacrer à la musique et aller à fond dans cette passion. Le violoncelle ça a été un coup de foudre. Je suis allé à un concert de jeunes dans lequel jouait du violon mon grand frère. Et puis il y avait un jeune violoncelliste de 13 ans qui jouait le concerto de Saint-Saëns. Et j’ai été subjugué par ça. J’ai dit à mes parents je dois jouer de cet instrument.
Comment expliquez-vous ce coup de foudre ?
Je pense, avec le recul, que les sonorités graves sont rassurantes. Il y a quelque chose qui vous embrasse, qui vous enrobe, qui vous rassure. Et puis, malgré tout, on a aussi le registre aigu qui s’envole. On dit toujours que le violoncelle est l’instrument le plus proche de la voix humaine parce qu’il couvre aussi tout l’ambitus de la voix humaine.
Le festival Pablo Casals accueille autant un public de passionnés que des personnes qui viennent découvrir la musique classique. Que diriez-vous à ceux qui vont assister à un concert pour la première fois ?
Il faut leur dire que la musique classique c’est pour tous et toutes. Ce n’est pas du tout « un truc d’élite ». N’écoutez pas, ne vous laissez pas avoir. La grande musique parle d’émotions qui appartiennent à tout le monde. Donc il n’y a pas de barrière. Vous venez tel que vous êtes et êtes toujours bienvenu.