Présente-t-on encore Jean-Guihen Queyras aux fidèles lecteurs et lectrices de Diapason ? Aussi à l’aise dans le répertoire baroque que romantique ou contemporain, en sonate qu’en concerto ou en musique de chambre, le violoncelliste a décroché au cours de sa carrière d’innombrables Diapason d’or, entre autres pour ses deux gravures de l’Everest de son instrument : les Six Suites de Bach (Harmonia Mundi, 2007 et 2024). En 2024, c’étaient les quatuor et quintette avec piano de Schumann, aux côtés d’Isabelle Faust, Antoine Tamesti et Alexander Melnikov, qui lui valaient un Diapason d’or de l’année (Harmonia Mundi toujours).
De Boulez à Vivaldi (et vice versa)
Né à Montréal en 1967, formé au Conservatoire de Lyon, à la Musikohochschule de Fribourg puis au Mannes College à New York, Jean-Guihen Queyras intègre l’Ensemble intercontemporain en 1990. En 2002, Pierre Boulez le choisit pour recevoir le « Glenn Gould Protégé Prize ». Du travail avec le chef et compositeur français, le musicien retiendra, de son propre aveu, son « approche interprétative » : humilité devant la partition, clarté du discours… mais aussi intensité. Et ce, quel que soit le répertoire : depuis Vivaldi ou Haydn avec des formations historiquement informées (Akademie für Alte Musik Berlin, Freiburger Barockorchester) jusqu’à Dutilleux ou Eötvös, dont il enregistre le concerto en 2014, sous la baguette du compositeur, même exigence, même rigueur, même profondeur. On en viendrait presque à oublier le fabuleux technicien qu’est le violoncelliste !
Ce qui frappe aussi, outre la beauté de la sonorité, dans le style de Jean-Guihen Queyras, c’est sa capacité à emporter l’auditeur dans une narration souple. Pour sa seconde gravure des Suites de Bach, le musicien a ainsi choisi un archet de Tourte qui lui « semble favoriser la diction », confiait-il à Diapason. À propos de sa récente version de Tout un monde lointain de Dutilleux, Patrick Szersnovicz écrivait que le violoncelliste « offre une lecture dense, souverainement équilibrée et extraordinairement intériorisée. Dans un dialogue précis, riche d’arrière-plans et de sous-entendus, le parcours se structure en une architecture aérienne dépassant de loin la seule merveille de l’illusionnisme sonore. » De sa version des concertos de Carl Philipp Emanuel Bach et Kraft, Jean-Christophe Pucek louait la théâtralité, mais aussi le « naturel désarmant » – vertu cardinale d’un musicien qui jamais ne surjoue.
Un autre mot caractérise Jean-Guihen Queyras : liberté. Liberté de celui qui semble toujours en mouvement et jamais ne se repose sur ses acquis, si fabuleux soient-ils. Le musicien se rappelait ainsi avoir été marqué profondément par sa rencontre avec Anner Bylsma : « Il m’a véritablement mis le monde à l’envers et libéré du jeu – réflexe dans lequel la routine prend sa source. » De routine, certes, pas de trace chez celui qui a remis Bach sur le métier pour la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker ou qui a tenu à aller porter son art à Kiev pour soutenir les Ukrainiens… Autant d’expériences qui élargissent la palette d’un artiste dont l’univers créatif et la vitalité paraissent inépuisables.
Réservations ouvertes sur le site du Théâtre des Champs-Élysées !