Le Quatuor Belcea, l’altiste allemande Tabea Zimmermann et le violoncelliste français Jean-Guihen Queyras ont conféré mardi soir leur suprême beauté aux deux «Sextuors à cordes» du compositeur allemand.

Rien que sur le papier, c’était déjà prometteur: l’un des meilleurs quatuors à cordes du circuit (le Quatuor Belcea), la grande altiste allemande Tabea Zimmermann et le violoncelliste français Jean-Guihen Queyras. Invités mardi par l’association Arts et Lettres, qui clôturait à la Salle del Castillo de Vevey sa saison 2020-2021, ces musiciens ont rivalisé d’intelligence et de musicalité dans les deux Sextuors à cordes de Brahms. Un concert donné successivement à 17h30 et à 20h, Le Temps ayant assisté à ce second récital.

Aucun maillon faible au sein de cette formation ad hoc. Chaque musicien apporte son écoute, sa contribution pour forger un dialogue très équilibré. D’emblée on est conquis par le lyrisme si frais et généreux dans le premier mouvement du Sextuor opus 18. On y apprécie l’éloquence du violoncelliste Antoine Lederlin (membre du Quatuor Belcea) associé à son collègue Jean-Guihen Queyras au second violoncelle. Les archets se répondent dans un geste soudé, passant d’accents radieux à des susurrements de velours. Non seulement les thèmes sont clairement énoncés, mais les transitions, si délicates, sont subtilement négociées.

Entre accents fiévreux et mélancolie

Tabea Zimmermann entonne ensuite avec ferveur le thème poignant dans le mouvement lent de l’Opus 18. Les variations se déroulent avec un luxe de contrastes, entre zébrures fiévreuses et mélancolie. Le Scherzo apporte une note plus insouciante, avant le Finale très euphonique et chantant. On retrouve ces mêmes qualités dans le Sextuor opus 36. Les deux altistes et deux violoncellistes y échangent leurs places pour une disposition légèrement différente des musiciens au sein du groupe.

Le premier violon Corina Belcea maintient son rôle de leader, secondée par le subtil Axel Schacher et Krzysztof Chorzelski à l’alto. Jean-Guihen Queyras occupe cette fois-ci le rôle de violoncelliste principal. Les musiciens prennent des libertés au sein d’une polyphonie dense, animant un discours prodigieusement expressif dans le Poco adagio, textures moirées, timbres lunaires. A ce degré d’écoute mutuelle, jusque dans la façon de déployer et faire vibrer les pizzicati, on se dit que la musique de Brahms sourit aux chambristes d’aujourd’hui.

 

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