Le festival de la Philharmonie de Luxembourg rend un hommage stimulant à l’une des têtes pensantes de la musique d’aujourd’hui.

a aujourd’hui 87 ans, mais le passage du temps n’a pas fait perdre sa radicalité à sa musique, des grandes œuvres d’orchestre jusqu’à la musique de chambre. Dans le cadre du festival , la Philharmonie de Luxembourg présente un concert exemplaire avec trois solistes au sommet de leur art. Seule la quatrième œuvre les réunit ; les trois premières donnent à chacun d’eux l’occasion de magnifier l’art de l’expérimentation de Lachenmann : ce qu’il appelle « musique concrète instrumentale », en détournant la « musique concrète » de Pierre Schaeffer, étend le territoire de la musique avec une audace que beaucoup de mélomanes ne veulent pas suivre, mais ces trois œuvres solistes, intimement liées sans former un cycle, sont une expérience d’écoute qui enrichira tous leurs auditeurs.

C’est qui ouvre le concert avec Guero, qui fait du piano un parent du güiro des Caraïbes, à travers les petits bruits percussifs des touches à peine effleurées, mais aussi par des caresses plus ou moins appuyées sur les cordes du piano, à différents endroits. Le piano, ici, se définit en creux, par l’absence de ses sonorités propres, à l’exception d’une touche malencontreusement enfoncée ; ce qu’on y entend de plus proche, ce sont les quelques moments où le pianiste donne un coup sur une pédale : au moment percussif succède la vibration des cordes mises en mouvement par le choc.

C’est à vrai dire un peu anecdotique, au contraire de Pression, pour le violoncelle de , qui appréhende l’instrument dans toute son étendue, cordes, archet, bois, sans oublier le corps de l’instrumentiste. Ce n’est pas la voix chaleureuse et chantante de l’instrument qu’on y entend, mais en quelque sorte son corps, par un jeu sur le bois, mais aussi par les cordes et l’archet ; beaucoup plus charnellement qu’avec le piano de Guero, c’est bien l’instrument lui-même que nous entendons.

Mais la plus stimulante des trois pièces est peut-être la dernière, jouée par à la clarinette, puis dans sa dernière partie à la clarinette basse. La clarinette est naturellement une incitation irrésistible aux modes de jeux les plus divers, ne serait-ce que par les clefs, mais aussi par le souffle de l’instrumentiste, qui joue directement de la colonne sonore de l’instrument en s’affranchissant de l’anche.

La dernière pièce enfin réunit les trois instrumentistes : Allegro sostenuto, le titre est trompeur puisque cette indication ne concerne guère que le centre de la pièce, mais il est dans la lignée des indications – de tempo et d’expression – dont sont parsemées les partitions graphiques des pièces précédentes. Cette fois les instruments sont utilisés de façon plus habituelle, comme si après la déconstruction précédente on pouvait reprendre le cours des choses avec une conscience nouvelle des fondamentaux. Les trois instrumentistes d’élite réunis par la Philharmonie de Luxembourg rendent vivantes, présentes, essentielles les préoccupations d’un compositeur en quête de réinvention, mais qui écrit pour autant une musique qui a des séductions inimitables, où le plaisir sensuel de l’instrument n’est pas absent.

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