fermer
Le Devoir 31/01/2017
L'art de la communication

L'art de la communication


Pro Musica rend un digne hommage à son ancien, et remarquable, directeur artistique Pierre Rolland avec cette série au Théâtre Maisonneuve qui porte son nom et nous fait retrouver un petit rituel du « lundi musical » perdu à tort. Après le surprenant récital de Lukas Geniusas, le duo Queyras-Melnikov a répondu à toutes les attentes… et même plus.

Je ne peux qu’adhérer à l’opinion exprimée lundi dans le courrier des lecteurs, posant la question « l’ovation est-elle le signe d’un réel enchantement ? » Cela fait belle lurette que non. Dans le milieu musical, Montréal est connu comme la place où le monde se lève quasi systématiquement pour tout et n’importe quoi. Par contre, il y a des signes d’une vraie adhésion et d’une vraie émotion qui ne trompent pas. On peut parler du silence dans la salle, une ouverture des auditeurs, sorte d’aiguisage de l’écoute. Lorsqu’on en arrive à ce que personne n’ose se racler la gorge entre les mouvements il y a fort à parier que l’on est en train de vivre collectivement quelque chose de grand.


C’est ce qui s’est passé lundi au Théâtre Maisonneuve entre Jean-Guihen Queyras, Alexander Melnikov et le public. Et pour cause : il s’agissait de scruter des nuances subtiles et souvent infinitésimales des musiciens. Dans Beethoven, les protagonistes s’ingéniaient à prolonger sur leur instrument les nuances créées par leur comparse. Quel tact de Queyras, quel toucher de Melnikov !

Souvent, les lecteurs me témoignent du bonheur de m’avoir lu mettre des mots sur leurs émotions, expliquer pourquoi tel concert était formidable. Je dois avouer que pour décrire le concert de lundi les mots me manquent. Peut-être l’esprit était ailleurs, peut-être, justement, à ce degré de raffinement, de distinction, de perfection instrumentale et d’émotion, il n’y a rien à ajouter, rien à justifier. À quoi bon invoquer des extinctions de mouvements lents sorties de nulle part (Chopin) ou des textures rares (Debussy) ? Chacun sait bien qu’il s’est retrouvé au bon moment au bon endroit pour communier en musique. La vraie.

En guise de rappel, les interprètes ont dédié aux victimes de la fusillade de Québec le mouvement lent de la sonate de Rachmaninov.

Pro Musica
Récital Jean-Guihen Queyras (violoncelle) et Alexander Melnikov (piano). Beethoven : Sonates pour violoncelle et piano no 2 et 3. Debussy : Sonate pour violoncelle et piano. Chopin : Sonate pour violoncelle et piano. Théâtre Maisonneuve, lundi 30 janvier 2017.

Christophe Huss
Le Devoir 31/01/2017