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Le Devoir 30/01/2016
Queyras et la haute sensibilité

Le Devoir

Si vous lisez ce compte-rendu et que vous avez la possibilité de vous rendre ce samedi à 15 h à la salle Bourgie, n’hésitez pas : le partenariat entre Jean-Guihen Queyras, Mathieu Lussier et les Violons du Roy vaut le détour.

 

Le violoncelliste français, né à Montréal en 1967, a séduit par la sobre tenue de son jeu. Même si tout n’était pas absolument parfait dans le 1er volet du Concerto en la majeur de Carl Philipp Emanuel Bach (mais le concerto est retors et il fallait scruter les petits détails), Queyras a marqué les esprits par une lecture subjective mais très éloquente du tragique 2e mouvement, inspiré par la mort de Jean-Sébastien Bach.
 

Contrairement à Truls Mørk, qui a enregistré cette oeuvre avec les Violons du Roy, Queyras différencie un épisode plaintif dans les aigus, joué très droit et sans vibrato, et les autres sections, au centre du registre, éplorées et plus vibrées. L’effet est saisissant. Bravo, aussi, pour la tenue du Finale et la belle ultime pirouette de tous les protagonistes (soliste, chef d’orchestre), sorte de fondu au silence tout à fait à propos et que l’on ne trouve pas sur le CD de 2008 dirigé par Bernard Labadie.

 En première partie, Queyras avait joué le concerto de Georg Matthias Monn, couplé au disque avec son interprétation des concertos de Haydn. La décontraction de son jeu et sa générosité sonore ont irradié sur l’orchestre, beaucoup plus nuancé que dans les appuyées et acides prestations de début de concert — une brève introduction de Jean-Sébastien Bach et une symphonie de Wilhelm Friedemann. Cette dernière m’est apparue comme un véritable pensum. La chose dure paraît-il 12 minutes ; j’ai eu l’impression qu’elle s’étirait sur une demi-heure. La chose a prouvé que l’originalité, l’inattendu ou la différence ne sont pas des gages de substance ou de pertinence.

 Tout au contraire, la découverte de la Sinfonia en sol mineur de Hasse fut très heureuse. Le compositeur, reconnu pour ses opéras, était aussi un excellent compositeur pour les instruments. Cette oeuvre tonique, magnifiquement cravachée par Mathieu Lussier, sentait l’Italie à plein nez et, par ses contrastes, proposait une introduction astucieuse à l’Empfindsamkeit (sensibilité), les tempêtes et les passions de Carl Philipp Emanuel.

Concert très réussi donc, malgré un début raide et crispé, et coup de chapeau particulier aux artisans du continuo, dont Sylvain Bergeron à l’archiluth et Mélisande McNabney au clavecin.

Christophe Huss
Le Devoir 30/01/2016