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Artamag 30/09/2014
’autre Beethoven

Étonnant corpus. Le violoncelle selon Beethoven est uniquement chambriste, les instruments de l’époque au volume sonore discret le commandaient d’autant plus que la formation symphonique s’augmentait sans cesse. Les pages titres des éditions indiquent parfois, à l’ancienne mode, « sonate pour piano-forte avec accompagnement de violoncelle », mais au fond rien de plus juste car ici le clavier est souvent roi, mène le discours. Du moins dans les premiers opus car à compter de la Troisième Sonate, une fusion totale s’opère dont l’Allegro vivace final témoigne.

Les grands archets, innombrables, ont tous laissé des versions achevées des cinq Sonates et des trois cahiers de Variations, de Casals à Rostropovitch en passant par Fournier ou Shafran, mais ce que font entendre aujourd’hui Jean-Guihen Queyras et Alexander Melnikov procède d’un tout autre esprit.

Ils sont finement accordés – piano discret, joué court, évoquant le piano-forte, archet précis et léger, mettant en œuvre une variété de vocabulaire pas entendue sinon jadis sous les doigts de Bylsma – au point que les œuvres nous semblent immédiatement offertes.
 

Le chant est souvent subtil, la caractérisation délicieuse lorsque Papageno paraît dans les Variations WoO 46. Des traits plein de fantaisie, avec une inflexion élégante pour les formules interrogatives qui ouvrent la 5e Sonate, une mélancolie à peine sollicitée mais d’autant plus saisissante dans les adagios : tout cela crée un univers infiniment poétique où l’aparté, la confidence, la suggestion forment un lexique qu’on n’associait pas forcément avec les deux ultimes sonates.

Pour la 5e, Queyras joue dans une sorte de réserve du son qui devient presque fantomatique dans le douloureux adagio que Beethoven demande « con molto sentimento d’affetto », et le clavier de Melnikov murmure.

On ne se souvient pas qu’un duo y fut jamais aussi finement accordé, au point que soudain l’œuvre prend un visage bien plus romantique, le ton d’une longue confession murmurée et réfléchie, avant que la fugue finale n’ajoute une conclusion au style aussi archaïsant qu’intrigant. C’est l’une parmi les nombreuses beautés de cette nouvelle gravure, qui fait déjà date.

Jean-Charles Hoffelé
Artamag 30/09/2014