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Les Echos 30/10/2014
La chronique CD

A travers les cinq sonates pour violoncelle et le piano de Beethoven se suit la lente ascension de l’instrument à archet vers la lumière. En trois sauts de dix années environ, le compositeur le fait en effet évoluer du rôle d’accompagnateur à celui de soliste. Les deux premières sonates, composées en 1796, se destinent au piano « avec un violoncelle obligé ». La « Sonate n°3 », datée de 1807, rétablit l’équilibre tandis que les deux dernières, écrites en 1815, ouvrent les nouvelles perspectives dans lesquelles s’engageront les derniers quatuors à cordes et les ultimes sonates pour piano.


Alexander Melnikov, qui a signé une intégrale magistrale des sonates pour violon et piano du même Beethoven avec la violoniste Isabelle Faust, révèle toute la richesse de l’écriture pianistique de cette musique. Des pages de jeunesse, brillantes, virtuoses et impatientes, aux pièces de la maturité dans lesquelles l’horizon s’élargit et les lignes se distendent, il sait parfaitement modeler ses phrasés, aiguisant les rythmes et nourrissant le son.
La pratique du pianoforte lui a sans doute enseigné cette maîtrise du geste, ce dosage millimétré des nuances et cette précision de l’articulation.


Violoncelliste formidable au répertoire très large, de Vivaldi à nos jours, Jean-Guihen Queyras adapte lui aussi son instrument au style de Beethoven, du commentaire amusé des débuts à la densité quasi symphonique des grandes sonates. Mais les deux artistes proposent bien plus qu’une visite, fût-elle brillamment commentée, de l’atelier du créateur. S’ils refusent tout narcissisme et subjectivité envahissante, ils restituent la puissance visionnaire de ces sonates et en offrent une des versions les plus contrastées.

Philippe Venturini
Les Echos du 30/10/2014