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Destimed 19/07/2014
Festival d'Aix-en-Provence : Jean-Guihen Queyras se ressource chez le Roi René
« Pour vivre heureux, vivons cachés », dit la morale d’un apologue de Florian. A juste raison ? Difficile à affirmer. Et à la remarque d’une amie qui avançait, il y a quelques jours, que Jean-Guihen Queyras n’avait pas la réputation qu’il méritait, nous aurions pu rétorquer que le violoncelliste avait peut-être fait sienne cette morale de Florian, remplaçant le « cachés » par le vocable « discrets » plus adéquat. Et pourtant, qu’ils méritent d’être connus et reconnus l’énorme talent et la simplicité de cet enfant du pays de Forcalquier. Bernard Foccroulle, le directeur du Festival d’Aix et Émilie Delorme, la directrice de l’Académie européenne de musique le savent bien ; ils ne lui ont pas offert une carte blanche pour rien. Et Jean Guihen Queyras la joue en ce moment. Rencontre.

« Quel bon moment que la Master class que j’ai animé hier… » Vendredi matin, Jean-Guihen Queyras était encore enchanté des échanges qu’il avait eus, la veille, avec les musiciens mais aussi avec le public de cette Master class. « J’en ai fait des Master class mais je n’ai jamais vécu des moments aussi chaleureux. C’est ça le festival d’Aix  ». Son violoncelle sur le dos (il ne le quitte jamais, ou presque), le musicien nous reçoit dans le jardin de son hôtel. D’entrée de jeu, il nous confie qu’il est un peu fatigué. Fin d’année chargée et difficile pour le professeur qu’il est en Allemagne. « Il y a eu tous les examens de fin d’année, tous les concours et les concerts en même temps… Mais je suis vraiment heureux de participer à ce festival de légende. D’autant plus que la qualité de l’accueil et l’ambiance familiale qui y règnent me permettent de me ressourcer assez rapidement. » Il redira la même chose devant le public venu l’entendre en concert avec Alexandre Tharaud quelques heures plus tard. « Je suis heureux car je bénéficie d’une vraie carte blanche. J’ai eu la liberté de composer les programmes et d’inviter les artistes avec lesquels je voulais jouer. Hormis le Freiburger, bien évidemment, mais c’est tout comme car j’ai fait mes études avec la moitié des musiciens de l’orchestre ! »

Il terminera sa carte blanche en leur compagnie, mardi, à 20 heures au Grand Théâtre de Provence. « Après ce sera direction Forcalquier pour une série de concerts entre le 27 juillet et le 2 août. » Rappelons qu’il est à l’initiative de ce rendez-vous musical estival, à quelques kilomètres de la maison familiale où il a passé toute son enfance. « J’ai une belle brochette d’amis musiciens autour de moi et, cette année, nous allons donner un côté encore plus festif à la manifestation avec des concerts impromptus en ville. Quelques musiciens, un concerto grosso… Et le tour est joué. » Puis, il y aura l’enregistrement du concerto pour violoncelle de Schumann avec le Freiburger pour un triple CD complété par le concerto pour piano et celui pour violon, du compositeur. « Nous venons de faire une tournée avec ces concertos et ça a été superbe. » En octobre c’est un enregistrement des sonates et variations pour violoncelle de Beethoven qui sort chez Harmonia Mundi. « Puis, après je vais faire mes débuts à Philadelphie et au Carnegie Hall avec le Philadelphia orchestra et, en décembre, j’aurai le plaisir de jouer avec l’orchestre de la radio bavaroise qui est, à mon avis, l’un des meilleurs à l’heure actuelle. » Et lorsqu’on lui fait remarquer que sa carrière de concertiste s’étoffe de manière significative, il sourit et nous dit :« Je vais prendre une année sabbatique en ce qui concerne l’enseignement. J’ai besoin de cela pour prendre quelques décisions…  » Serein, réfléchi, souriant et toujours discret, Jean-Guihen Queyras poursuit sa route.

Michel Egea
DestiMed