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Le Temps 06/06/2014
Thierry Ficher: une gestuelle, une énergie, une gourmandise…
Le chef a tenu l’OSR d’une façon aussi naturelle que ferme. Belle entente.
 

Le programme lui ressemble. Innovant et clair. Net et chaleureux. Classique et curieux. Thierry Fischer laisse une jolie empreinte sur l’OSR qu’il a dirigé mercredi au Victoria Hall. Après dix-sept ans d’activité internationale, le chef est revenu avec un atout majeur dans son jeu: sa fougue intacte, et mûrie.

Affiche francophone pour les retrouvailles genevoises. Des fragments symphoniques du Martyre de saint Sébastien de Debussy aux extraits symphoniques de Roméo et Juliette de Berlioz, le détour contemporain est passé par Michael Jarrell et la création suisse du concerto pour violoncelle et orchestre Emergences (Nach­lese VI), dont Jean-Guihen Quey­ras était l’éblouissant interprète.

Complicité harmonique

Moment fort. La qualité instrumentale de la soirée ne trompe pas. L’attention, la finesse des couleurs, la précision, la cohésion, l’écoute entre les pupitres, la concentration et la délicatesse des nuances orchestrales traduisent le travail réalisé. Mais aussi l’impact de la personnalité du chef. En cela, l’OSR est un orchestre transparent. Si le meneur ne lui plaît ou ne lui convient pas, cela s’entend et se voit d’emblée.

Thierry Fischer a étonné ceux qui ne le connaissaient pas encore. Parce qu’il possède une gestuelle claire, souple, tranchante, sensuelle et imagée. Parce que sa vitalité et son intrépidité sont inébranlables. Parce qu’enfin sa gourmandise des partitions, son ivresse des développements harmoniques ou mélodiques et son plaisir des sonorités s’appuient sur une belle maîtrise technique.

Debussy aura bénéficié d’une clarté, d’un galbe et d’une approche plus affective et organique que cérébrale. Le chef ne fait pas «du beau son», il lui rend sa beauté jusque dans la profondeur des déplorations. Comme il canalise les foisonnements de Jarrell, d’une battue rigoureuse et sèche, à mains nues.

La virtuosité et la musicalité suspendue de Jean-Guihen Queyras ont de leur côté somptueusement attendri la partition bourdonnante. De l’effleurement au cataclysme.

Quant à Berlioz, c’est peu dire qu’il a été porté haut. Aimé, serait plus juste. Pour sa puissance, son lyrisme, sa fragilité et son hypersensibilité, cette lecture à fleur de son a donné des ailes à la tragédie d’amour shakespearienne.

Sylvie Bonier
Le Temps 06/06/2014