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Le Monde 12/04/2013
"Auf wiedersehen, Herr Loyrette", fit le violon

Ouverture ce mercredi 10 avril à l'Auditorium du Louvre du cycle musical qui accompagne jusqu'au 5 juin l'exposition "De l'Allemagne : 1800-1939" avec le Quatuor Arcanto. Au programme, des compositeurs germaniques, natürlich : Mozart, Hindemith et Brahms. Depuis sa formation en 2002, ce quatuor composé en partie de solistes - l'altiste allemande Tabea Zimmermann et le violoncelliste français Jean-Guihen Queyras, aux côtés des violonistes allemands Antje Weithaas et Daniel Sepec, respectivement premier et second violon - a déjoué toutes les réserves qui accompagnent généralement ce genre hybride d'ensemble cumulant la double contrainte du quatuor constitué et celle de l'aventure en solitaire. Nulle affaire marketing cependant : cette bande des quatre pratique depuis longtemps de la musique de chambre et ne s'est constituée qu'au terme d'une lente maturation. Peut-être est-ce précisément ce petit côté illégitime qui lui donne cette passion et cette fraîcheur ?

Un Mozart impeccable

Dans Le Dix-huitième Quatuor en la majeur K464, les Arcanto ont présenté un Mozart impeccable de fluidité dansante et de rigoureuse osmose pratiquant avec virtuosité cet art délicat de la suspension, qui ourle d'ombres tragiques telle phrase de menuet ou en appelle discrètement, dans l'andante au dialogue élégiaque de la Symphonie concertante pour violon et alto K 364. Il y a, bien sûr, au centre de tout, l'alto souverain de Madame Tabea Zimmermann-Sloane. Un son à la fois éclatant et profond à l'archet souple et puissant, au lyrisme poétique lumineux et gorgé de sève. Un art qui a donné à l'instrument la royauté dévolue au violon ou au violoncelle.

Passé l'implacable martelé au tutti qui paraphe violemment le début du premier mouvement, Le Cinquième Quatuor op.32 de Paul Hindemith (1895-1963), qui était lui-même altiste, a réservé à l'alto un motif mordant et tragique. Cette oeuvre originale, qui date de la période de maturité du compositeur allemand, est rarement jouée : elle réclame des musiciens une technique sans faille et une belle imagination pour faire vivre et chatoyer des alternances furieusement incantatoires et élégiaques. Ainsi dans le deuxième mouvement "Sehr langsam, aber immer fliessend" aux clartés lunaires, qui voit la violoniste Antje Weithaas prendre tous les risques et pousser le son aux limites du silence, entre continuum rageur et diffractions atmosphériques.

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Le Troisième Quatuor en si bémol majeur op.67 de Brahms (1833-1897), qui clôt le concert, ressemble peu à ses deux prédécesseurs de 1873, écrits sous l'influence de Robert Schumann et de son amour pour Clara. Quoique empreint d'une forme de sérénité, il s'autorise tous les passages à l'acte lyrique mais sans jamais s'appesantir. La "Dame à l'alto", pieds sagement rangés devant elle, tient là encore une partie maîtresse. Sa belle figure qui ressemble aux portraits de la Marguerite de Matisse, visage lisse et plein, beaux yeux noirs, tient souvent l'ébauche d'un demi-sourire.

Tour à tour follement sauvage et follement sage, immergée dans le son du quatuor ou menant en solo la belle danse, coeur battant et combattant, Tabea Zimmermann fait sonner avec délicatesse et vertu le magnifique alto du luthier Etienne Vatelot, que lui a valu son Premier Prix au concours Maurice Vieux en 1983 à Paris.

Le très ludique et très enlevé scherzo du Quatuor à cordes de Debussy aura le dernier mot face à l'enthousiasme du public. Une situation particulièrement réjouissante pour la programmatrice Monique Devaux, qui peut se targuer d'avoir fait de l'Auditorium du Louvre le "temple de la musique de chambre" à Paris. Pour preuve, ce dernier concert, sous la présidence d'Henri Loyrette, aura été rempli à 102 % de la jauge de 450 places, si l'on prend en considération un taux d'absentéisme de 8 % à 10 % du public abonné et la cinquantaine de places debout que l'Auditorium met en vente à chaque concert. "Pour la première fois depuis 1989 et pour la saison prochaine 2013-2014, nous avons atteint un taux de vente de 98 % sur l'ensemble des concerts. " Un signe qui ne devrait pas tromper le nouveau directeur du Louvre, Jean-LucMartinez.