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Le Figaro 02/08/2012
Moments de grâce pure aux festivals de Forcalquier et Salon-de-Provence
La musique de chambre rayonne en Provence.

L'été musical est souvent associé à l'infiniment grand des festivals d'opéra en plein air. Mais, pour changer, on peut aussi opter pour l'infiniment petit de la musique de chambre. On trouve dans ce cas une quintessence de bonheur musical et d'émotion pure que la plus fabuleuse représentation lyrique ou le plus impressionnant ne donneront pas au même degré. En Provence, entre fin juillet et début août deux manifestations distantes d'une heure de voiture et dont chacune représente un sommet du genre peuvent s'apprécier ensemble : les Rencontres musicales de Haute-Provence, à Forcalquier, et Musique à l'Empéri, à Salon-de-Provence.
Ces rendez-vous sont placés sous le signe de la joie de faire de la musique ensemble. Ils sont à la fois similaires et différents. Forcalquier, c'est la famille; à l'Empéri, les amis. A Forcalquier depuis près de trente ans, ce sont les Queyras qui suscitent ces moments provilégiés. Depuis, Jean-Guihen est devenu un des plus grands violoncellistes de notre temps, Pierre-Olivier un chmabriste reconnu et la femme de ce dernier, Véronique Marin, une excellente pédagogue du violoncelle. Et la troisième génération est au conservatoire...Que ce soit dans l'intimité recueillie du prieuré de Salagon, ou dans le superbe cloître des Cordeliers, dont on a amélioré l'acoustique grâce aux conseils d'un ingénieur de l'Ircam, on y vit des moments de pure grâce qui donnent tout son sens à un événement qui ne s'intitule pas "festival", mais bien "rencontre".
A l'Empéri, c'est une bande de copains qui ont décidé il y a exacetment vingt ans d'investir la cour intérieure du châteua de Salon-de-Provence. Depuis, le pianiste Eric Le Sage, le flûtiste Emmanuel Pahud, le clarinettiste Paul Meyer sont devenus des vedettes, mais leur carrière internationale ne le empêche pas de se retrouver tous les ans dans une atmosphère de fête, à laquelle la municipalité de Salon participe pleinement.
Forcalquier est plus simple et plus intime, dans un cades compagnard au charme indescriptible. L'Empéri est plus urbain, ne serait-ce que pas le cadre imposant du château. Chacun fait se rencontrer styles musicaux et effectifs instrumentaux les plus divers.

Revers de la médaille
Chacun a son revers de la médaille : à Forcalquier, le niveau des musiciens n'est pas toujours homogène ; à l'Empéri, la brièveté du temps de répétition fait que l'on ne trouve pas toujours la cohésion, par exemple dans un quitette en ut de Schubert déséquilibré. CHacun a sa star : à l'Empéri, Emmanuel Pahud, flûte solo du Philarmonique de Berlin, transforme en or tout ce su'il touche ; à Forcalquier, Jean-Guihen QUeyras emmène le plublic très loin dès que son archet touche les cordes. Partout, on explore : ici, on déoucvre un fascinant violoncelle d'épaule qui se tient comme un alto ; là, on se laisse conduire aux confins du silence par le guitariste Christian Rivet, un extraterrestre qui oblige l'auditeur à le suivre dans son univers. Il y a même parfois libre circulation des personnes, lorsque Jean-Guihen Queyras enchaîne clôture de Forcalquier et ouverture de l'Empéri ! Et partout, on joue non pour soi, mais avec les autres. Il nous faut les deux, pour faire le plein de musique vécue comme un partage. Que du bonheur !

Christian Merlin,
Envoyé spécial en Provence
Le Figaro, 02/08/2012