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Le Journal de Montréal 23/11/2017
La Mer, Yannick et le bonheur

Nous oublions trop souvent que nos artistes et interprètes font rayonner le Québec à l’étranger. Hier soir, à deux jours d’une grande tournée européenne pour l’Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin et ses invités célébraient l’esprit français. Si, vous êtes abonné à la chaine Mezzo, le concert du 2 décembre sera retransmis en direct, soit à 14 h 30 heure de Montréal, et si vous avez un peu de temps, suivez les aventures de cette joyeuse équipe sur la plateforme Facebook  leur site, bien évidemment ou Ludwig-van.com/montreal.


Quand la table est mise

Tout de neuf vêtu par l’équipe de la styliste Marie-St Pierre, l’Orchestre Métropolitain nous faisait découvrir sa carte de la tournée. Plutôt que de choisir «  la machine seule », c’est avec une pléiade de solistes de haut-rang, que l’art d’ici va se déployer outre-frontière. Impériale dans Les nuits d’été de Berlioz, la contralto Marie-Nicole Lemieux a offert des trésors d’imagination. Malgré la toux qui sévissait dans les rangs du public, le chef a été obligé de remettre un peu d’ordre, la poésie était au rendez-vous. Habitué du Tout-Montréal, le pianiste Alexandre Tharaud revisitait le Concerto pour la main gauche de Ravel.

En osmose avec le chef, quel feu d’artifice se fut ! À la virtuosité détonante, sans toutefois trop en mettre, nous étions en présence d’un artificier heureux qui avait le sens de l’équilibre. C’est au jeune violoncelliste Jean—Guihen Queyras que revenait la lourde tâche de revoir le Concerto pour violoncelle de Saint-Saëns. Ce véritable «  monstre  », ou sont passés Janos Starker, Yo –Yo Ma et Rostropovitch demande une sensibilité sans failles. Sans avoir une sonorité puissante, il compensait par la vélocité et le naturel du jeu. Nous aurions sans contredit pris un peu plus de mordant.

Dans ce programme tout français, Debussy fut à l’honneur avec son chef-d’œuvre : La Mer, en trois esquisses symphoniques. Équilibrant les pupitres, Yannick Nézet-Séguin joua sur le dynamisme, la vitalité des cordes et les cuivres dont certains traits furent particulièrement costauds. Nous l’imaginions cette mer, avec la colère des flots et le ravissement de son espace in fini. Du bonheur, vous dis-je, et bonne tournée à ces ambassadeurs qui font vibrer les cœurs !

Christophe Rodriguez
Le journal de Montréal 23/11/2017