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Le Vif/ L'Express 22/09/2017
Bach sous l'orage
Anne Teresa De Keersmaeker pose une danse dépouillée sur les Suites pour violoncelle de Bach. Une plongée dans l'obscurité se clôturant par une renaissance le tout porté à bout d'archet par l'extraordinaire Jean Guihen Queyras. Bientôt notamment à la Monnaie.

Iles trônent inertes au fond de la salle Ces machines compresseurs générateurs convertisseurs qui donnent son nom à la Maschinenhalle de l'ancien site minier du quartier de Zweckel construite en 1909 au nord de
Gladbeck Le long du mur de gauche abondamment balafré et où subsiste du carrelage blanc montant à hauteur d homme les portes et les fenêtres sont grandes ouvertes. A travers depuis les gradins on peut voir les arbres et les pelouses qui se dorent encore aux derniers rayons de cette soirée d'août. Ici le charbon a désormais fait place à la culture dans un mouvementde reconversion que bon nombre de villes tentent d'appliquer à l'ère postindustrielle. Ce soir c'est la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker qui investit la vaste friche à l'occasion de la Ruhrtriennale. Et comme d'habitude avec elle tout a été soigneusement pensé.
Le spectacle présenté en première mondiale commence précisément à 19 h 30 et est éclairé presque exclusivement par la lumière naturelle ce ne sera hélas pas le cas pour le reste de la tournée en salle C est loin d être la première fois qu Anne Teresa De Keersmaeker
s extrait de la boîte noire de la salle de spectacle pour que sa danse se reconnecte avec le passage du temps avec la vie On pourrait citer sa récente incursion muséale de neuf semaines au Wiels bruxellois pour l exposition
Work Travail Arbeid ou la version filmique du cultissime Rosas danstRosas tournée dans une ancienne école technique de Louvain Et en 2011 au festival d Avignon les spectateurs de son Cesena devaient se présenter à 4 h 30 à la cour d honneur du Palais des papes pour assister à une chorégraphie illuminée par l aube. L'année précédente c était autour du crépuscule que s artiiculait En attendant présenté au cloître des Célestins.
Ce déclin de la lumière se retrouve au coeur de ce Mitten wir im Leben sind - Bach 6 Cellosuiten.

Estelle Spoto
Le Vif / L'Express 22/09/2017