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L'Écho 25/08/2017
Corps-accords majeurs
'Mitten wir im Leben sind/Bach 6 Cello-suiten', c'est la rencontre de deux univers faits pour se rejoindre. Celui d'Anne Teresa De Keersmaeker, musicienne des corps, et de Jean-Guihen Queyras, instrumentaliste habité. Ils ont bénéficié  d'un entremetteur en la personne de Bernard Foucroulle, patron du festival d'Aix-en-Provence. En 2015, l'ex-directeur de la Monnaie glisse à  Queyras de s'intéresser à  l'univers d'ATDK, et vice-versa. L'entente entre les deux est immédiate tout comme leur décision  de collaborer.

Le travail chorégraphique  d'Anne Teresa explore inlassablement l'intériorité de la musique. Elle la dissèque'dissèque se coule en elle pour en faire jaillir le mouvement. Quitte à bousculer la matière musicale, à  aller au-delà des notes, dans une interprétation mêlant  philosophie et mouvement. Pour "Mitten wir im Leben sind", elle convoque dans son travail préparatoire Newton (les lois de la gravitation) et Leibniz (l'arrachement à la terre et à  la gravitation).

Jean'Guihen Queyras, fin connaisseur de l'univers de Bach, a accompagné le travail en amont du spectacle par son anlyse concrète du chef-d'oeuvre qui "humanise le divin et divinise l'hulain". En effet, la composition  musicale peut se faire sur deux axes : horizontal avec la construction d'une mélodie et vertical avec l' harmonie des accords. Bach, à  la différence d'autres compositeurs qui n' explorent qu'un seul des axes, combine et sublime les deux. C'est cette richesse que Jean-Guihen Queyras a voulu impulser au travail des corps.

ATDK qui avait déjà  travaillé sur la "Chaconne" de Bach s'est tout naturellement approprié  cette vision polyphonique. "Marcher est le geste le plus simple, celui qui me déplace dans l'espace et articule mon temps.
", déclaret-elle à  ce propos. "Ce mouvement de base, pensé en deux dimensions, je cherche aujourd'hui à le projeter dans un espace tridimensionnel : nous travaillons sur un axe horizontal et un axe vertical."

Entrer dans la musique, faire corps avec elle, la réinventer et la transcender.

Isabelle Plumhans
L'Écho 25/08/2017