Le violoncelle de Queyras decouvre Thionville

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propos recueillis par Patrick Jacquemot
Publié le 19/01/2010

 

Jean-Guihen Queyras et son violoncelle sont habitués aux grandes scènes de la planète classique. Entre deux concerts, artiste et instrument se posent, ce soir, à L’Adagio de Thionville.
Le monde entier se l’arrache, L’Adagio l’a ! Et l’exploit n’est pas mince pour la salle du Conservatoire de Thionville que de recevoir Jean-Guihen Queyras pour un concert. Soliste fabuleux, invité par les plus grandes formations classiques, le violoncelliste a accepté de bon cœur l’invitation en Moselle. «Car au final, avoue-t-il, ce n’est pas tous les jours qu’un organisateur m’invite pour jouer seul. »
 
Vous avez  été  élève de Yo-Yo Ma et  Rostropovitch  notamment.   Quelle a été leur influence sur vous ?
 
«A chacun sa marque. A 11 ans, Reine Flaschot a surtout axé le travail sur la technique, la technique et la technique. Le pathos ne pouvait que se libérer ensuite. C’est clair que durant les master class de Yo-Yo Ma, la transmission était autre. Il m’impressionnait par la puissance de sa ligne ; lui emporte tout dès la première note et veut de l’émotion dans le jeu. Avec mon dernier professeur, Tim Eddy, les leçons abordaient non pas la musique mais le langage à créer avec nos quatre cordes et cette boite en bois [NDLR : Jean-Guihen Queyras joue avec un violoncelle de 1696]. Mais de tous les cours que j’ai pu prendre ce sont certainement ceux reçus auprès de l’Ensemble intercontemporain Pierre Boulez qui ont été les plus marquants. Grâce à eux, j’ai appris le travail de groupe autour d’une œuvre, être à l’écoute du compositeur qui est le seul à connaître la juste émotion à donner à son morceau. C’est l’avantage des pièces contemporaines, leurs auteurs sont encore là…»
 
Quelles sont, selon vous, les plus belles scènes sur lesquelles vous ayez joué ?
 
«Le Carnegie Hall de New York d’abord. Même si ce ne fut pas personnellement un concert inoubliable, la salle reste extraordinaire d’acoustique, d’écoute, de légendes. Ensuite, la grande salle du Conservatoire de Moscou. Vous entrez là, vous regardez les couleurs défraîchies des murs et vous pensez que cette peinture a vu (entendu surtout) les premières créations pour violoncelle de Prokofiev, Chostakovitch. Que Richter s’est fait enfermer dans cette salle pour mieux s’imprégner de l’âme des compositeurs russes avant de les jouer. Toute l’histoire de mon art était là. La troisième salle serait le Concertgebouw d’Amsterdam, rien que pour son accès à la scène. Le musicien doit descendre une interminable volée de marches, au milieu du public avant d’accéder à sa place. Très impressionnant à quelques secondes d’attraper un archet…»
 
Votre venue dans une petite salle comme L’Adagio de Thionville, et ses 150 places, relève donc de l’événement exceptionnel pour les mélomanes…
 
«Et du total bonheur pour moi ! En effet, donner un concert en solo dans une intimité si étroite relève d’un exercice particulier pour un musicien. Dans un ensemble, pour de la musique de chambre, le courant doit d’abord passer entre les musiciens, et le public doit se satisfaire de cette émotion. Dans une petite salle, le soliste doit taper juste et pour chaque spectateur. Ce n’est pas un concert "Eux-Moi", mais une relation personnelle qui doit se tisser note après note. Et ce mardi soir, je compte bien sur la Suite pour violoncelle n° 2 de Bach, celle de Britten et la Sonate pour violoncelle seul op.8 de Zoltan Kodaly pour me rapprocher du cœur de l’auditoire.»


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