Fragen Bozar : entretien avec Jean-Guihen Queyras

Réalisé à la Monnaie de Bruxelles le 23/09/2017

 

1. D’où vous vient votre amour pour le violoncelle ?

J'ai grandi dans une famille où la musique était omniprésente.

De plus, ma mère était pianiste amateure, et jouait régulièrement avec un violoncelliste.

Le coup de foudre à proprement parler eu lieu lorsque j'avais neuf ans. J'assistais à un concert au cours duquel un jeune violoncelliste jouait le concerto de St-Saens. Le violoncelle devint instantanément mon obsession.

 

2. L’éclectisme semble une notion importante pour vous. Pourquoi est-ce important d’aborder tout autant Bach, que les classiques, les romantiques, les compositeurs modernes et contemporains ?

Tout d'abord, cet éclectisme est plus une question de nature que de choix conscient: j'ai toujours été curieux and gourmand.

Ceci étant dit, je pense en effet que côtoyer les compositeurs vivants aide à comprendre les maîtres du passé, et que, réciproquement, interpréter les grands classiques nous aide à donner forme et structure aux créations d'aujourd'hui.

 

3. Cet éclectisme se traduit également par l’exploration d’autres univers musicaux, à l’instar de votre album « Thraces ». Comment ce projet vous nourrit-il?

Le projet Thraces me tient à cœur car il réunit plusieurs pans  de ma vie: Les sons entendus lors de mes années d'enfance (de 5 à 8 ans) en Algérie; l'amitié avec les frères Chémirani que je connais depuis l'âge de 8 ans;

Mes années passées à L'Ensemble InterContemporain et la découverte notamment des ponts entre musiques de différentes régions et périodes.

 

4. Le fait d’avoir voyagé durant votre jeunesse (Québec, Algérie, France, puis Allemagne) peut-il expliquer en partie cet esprit d’ouverture ?

Se frotter à d'autres cultures, langues et traditions dès l'enfance a certainement un impact (à mon sens très positif) sur le développement d'une vision du monde ouverte et inclusive.

 

5. Avez-vous une devise qui illustre le regard que vous portez sur le monde, sur la musique ?

Tolérance, curiosité, empathie, écoute.

 

6. Le nouveau projet mené en collaboration avec A.T. De Keersmaeker et Rosas vous permet-il de poser un nouvel éclairage sur les Suites de Bach que vous connaissez bien ?

Le travail intense avec A.T.K. et Rosas m'a poussé à approfondir encore ma connaissance des Suites, et le rapport entre le rythme et la présence des danseurs influence ma perception de ce chef d'œuvre et mon interprétation.

 

7. La danse procure-t-elle une énergie particulière à cette musique ? Pourquoi ?

Les Suites sont basées librement sur des danses baroques qui sont la trame de leur énergie rythmique.

Et cette musique donne à son tour naissance à la danse.

C'est cette sorte de 'retour à l'envoyeur' qui stimule et inspire.

 

8. Vous nous avez fait l’honneur de votre présence à plusieurs reprises. Pourriez-vous évoquer un souvenir marquant de l’un de vos concerts au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ?

Je me souviens avec beaucoup d'émotion des 3 Pièces de Webern et de la sonate de Rachmaninow avec Alexander Melnikov.

 

9. Cette saison, vous jouerez à 3 reprises dans la grande salle Henry Le Bœuf. C’est un lieu que vous appréciez/redoutez ?

C'est un lieu immensément inspirant, un espace idéal, au demeurant habité par des décennies de sommets musicaux, une de mes salles préférées au monde!

 

10. Après les Suites de Bach, vous venez en février en compagnie d’Alexandre Tharaud. À quand remonte votre rencontre ? Qu’est-ce qui vous plait particulièrement chez cet artiste et dans le fait de collaborer ensemble ?

Alexandre est comme un frère pour moi.

Nous nous connaissons et collaborons depuis plus de 20 ans, et n'avons plus de secrets l'un pour l'autre, à la ville comme en musique.

Du coup j'ai le sentiment d'être à la maison quand je partage la scène avec lui.

 

11. Comment avez-vous conçu le programme de ce concert (Bach, Chostakovitch, Berg et Brahms) ?

Bach, source d'inspiration constante de Chostakovich, et ponctuelle pour Brahms, notamment dans la sonate op 38.

Les 4 Pièces de Berg, chef d'œuvre, font écho à la veine viennoise de Brahms.

 

12. Ensuite, vous côtoierez Emmanuel Pahud et Eric Lesage. Vous n’en êtes pas à votre première collaboration. Qu’appréciez-vous dans ce trio et chez ces musiciens ?

Emmanuel est bien évidemment une légende vivante de son instrument.

Eric a un touché velouté miraculeux.

Un grand privilège et bonheur de collaborer avec eux!

 

13. Une pièce au programme de ce concert vous touche-t-elle particulièrement (Haydn, Weber, Martinů) ?

S'il faut choisir, mon cœur va avant tout à Haydn, don't j'aime chaque note, et dont la musique révèle qu'il devait être un homme délicieux, plein d'esprit, de générosité, de gourmandise...

 

14. En juin, vous rejoindrez sur scène le Belgian National Orchestra et son nouveau directeur musical Hugh Wolff. Sera-ce une première pour vous une première en compagnie de l’orchestre et du chef ?

Oui.

 

15. Vous interpréterez la Symphonie concertante de Prokofiev. Cette œuvre, qui n’est pas un concerto à proprement parler, implique-t-elle un type de jeu particulier de la part du soliste ?

Prokofiev était particulièrement fier des harmonie présentées par l'orchestre, ce qui explique sans doute ce titre.

Par ailleurs, c'est une œuvre extrêmement solistique, d'une immense virtuosité en raison de son dédicataire, Rostropovich, qui aimait en découdre.

 

16. Quels autres projets passionnants vous attendent cette saison ?

Je citerai le concerto de Schumann avec l'orchestre de la Radio Bavaroise dirigé par un immense Schumannien, Sir John Elliot Gardiner, et le Concerto d'Elgar dans le cadre extraordinaire des Proms de Londres au Royal Albert Hall.

par Yutha Tep - décembre 2001
par Nicolas Baron - Mai 2009
par Patrick Jacquemot - janvier 2010
von Arnt Cobbers - Mai 2010
janvier 2011
Clemency Burton-Hill - mars 2011
2009
Magazine Diapason - Juin 2012